En France, seuls les médecins, dont les psychiatres, disposent du droit de prescrire des traitements médicamenteux pour les troubles psychiques. Pourtant, les psychologues sont souvent sollicités en première intention par des patients en quête d’aide. Dans ce contexte, la frontière entre compétences cliniques et responsabilités médicales demeure floue, ce qui engendre parfois des incompréhensions entre professionnels et patients.
Quand la situation d’un patient s’alourdit, certains psychologues doivent agir sans délai. Repérer les signaux qui imposent une prise en charge médicale spécifique n’apparaît pas toujours comme une priorité évidente, et pourtant, ce réflexe peut transformer le parcours d’un patient. Leur vigilance, chaque jour, modifie la trajectoire de bien des personnes.
Comprendre le rôle du psychologue en psychiatrie : missions, compétences et spécificités
Le psychologue en psychiatrie s’intègre dans une équipe avec des missions précises qui structurent son action au quotidien :
- Évaluer le fonctionnement psychique de la personne
- Mettre en place une démarche d’accompagnement clinique adaptée aux situations rencontrées
- Orienter vers les professionnels appropriés selon le parcours de soins
En centre médico-psychologique (CMP) ou à l’hôpital, il rencontre enfants, adultes, seniors, et ajuste ses outils à chaque contexte. Sa pratique clinique s’appuie sur des entretiens, des observations, des tests, parfois projectifs, mais aussi sur une expertise approfondie en psychopathologie.
Le travail du psychologue repose sur une collaboration étroite avec psychiatres, infirmiers, éducateurs, assistants sociaux. Si le diagnostic médical et la prescription relèvent du psychiatre, le psychologue affine la compréhension des situations psychiques, apporte un soutien continu et, face à certains signaux, indique la nécessité d’une réévaluation médicale. Cette complémentarité permet d’anticiper les crises, d’accompagner la personne sur la durée et de réajuster l’orientation sans délai si la situation l’impose.
Le dispositif MonSoutienPsy met en lumière cette place clé : plus de 2 500 psychologues conventionnés, près de 190 000 suivis depuis la création du programme, enfants inclus dès 3 ans, avec un maximum de 8 séances par an. Ce modèle facilite l’accès à un soutien psychologique tout en valorisant le rôle spécifique du psychologue en libéral dans la chaîne de soins. La feuille de route santé mentale et psychiatrie, impulsée lors du Ségur de la santé et des Assises de 2021, pousse à mieux articuler les actions sur le terrain : prévention, accès facilité, appui à l’insertion sociale, tout converge vers un accompagnement plus coordonné.
Grâce à leur formation universitaire approfondie et à l’expérience sur le terrain, les psychologues se trouvent en première ligne pour détecter l’urgence, prévenir, et réorienter rapidement vers les structures les plus adaptées du système de santé mentale.
Psychologue ou psychiatre : quelles différences pour le patient et son parcours de soins ?
La distinction entre psychologue et psychiatre ne se limite pas à une question de diplôme : elle influe sur tout le parcours de soins. Le psychologue, titulaire d’un master, s’appuie sur l’écoute clinique, l’analyse du vécu, la psychothérapie, l’exploration des ressentis. En revanche, il ne prescrit pas de traitement ni d’arrêt de travail. Le psychiatre, médecin spécialisé, pose le diagnostic, gère les traitements et prend en charge les troubles sévères : schizophrénie, troubles bipolaires, dépressions résistantes, pour n’en citer que quelques-uns.
Selon la gravité des symptômes et le contexte, l’organisation des soins se module. Voici, concrètement, comment les parcours peuvent varier :
- Pour des troubles psychiques légers à modérés, le dispositif Mon Parcours Psy ouvert depuis avril 2022 donne accès à huit séances remboursées par an auprès d’un psychologue libéral conventionné, sur recommandation du médecin traitant.
- En cas de pathologie plus lourde, l’intervention d’un psychiatre s’impose : c’est le seul professionnel habilité à poser un diagnostic médical précis et à proposer un traitement médicamenteux adapté.
En théorie, il suffit de prendre rendez-vous chez un psychologue. Mais dans la réalité, la sécurité sociale exige une orientation préalable par le médecin traitant, ce qui alimente les critiques chez de nombreux psychologues libéraux. Beaucoup pointent du doigt un dispositif jugé contraignant et une rémunération insatisfaisante. Malgré ces tensions, la composition de l’équipe de soins, psychologues, infirmiers, psychiatres, évolue sans cesse, pour mieux s’ajuster à la diversité et à la complexité des situations rencontrées dans les réseaux de santé.
Quand et pourquoi le psychologue oriente-t-il vers un psychiatre ? Enjeux, accompagnement et ressources à connaître
Transmettre le relais à un psychiatre devient indispensable dès lors que la prise en charge psychologique ne parvient plus à juguler la détresse. La décision repose sur l’aggravation des symptômes, sur une souffrance persistante, ou sur l’apparition de comportements à risque. Quelques signaux retiennent toute l’attention du psychologue :
- Idées suicidaires persistantes
- Discours désorganisé ou incohérent
- Manifestations évoquant la schizophrénie ou un trouble bipolaire
Dans ces situations, la coordination avec le médecin traitant prend tout son sens. Le but : garantir une prise en charge rapide, éviter qu’une personne vulnérable ne soit laissée sans réponse adaptée, surtout dans les moments où chaque jour compte.
La façon de procéder dépend du contexte d’exercice. Dans le public (CMP, hôpital), la décision d’orientation vers le psychiatre s’appuie sur les réunions d’équipe pluridisciplinaire. En libéral, le psychologue rédige un compte rendu pour le médecin traitant, afin de justifier la suite du parcours et d’appuyer la référence médicale. Les évolutions réglementaires, à l’image du projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2023, vont vers un élargissement de ces possibilités d’orientation, y compris pour des professionnels de la médecine scolaire afin de mieux accompagner les jeunes.
La feuille de route santé mentale et psychiatrie, étoffée au fil des concertations, joue un rôle de repère. Prévention, coordination, inclusion sociale : tout converge vers une réactivité renforcée, à la moindre alerte. Savoir à qui s’adresser rapidement, CMP, permanences, dispositifs publics ou associatifs, évite de laisser la crise s’installer ou d’aggraver une situation déjà précaire. L’objectif : permettre un accès rapide à une évaluation psychiatrique partout, sans délais interminables.
Dans la pratique, tout peut basculer sur quelques mots bien captés, un dossier transmis à temps, une coordination qui fonctionne. La santé mentale s’écrit à plusieurs mains, avec attention, respect et sens du collectif. C’est là que s’ancre la différence, et parfois, le tournant décisif d’une vie.


