Des chiffres récents indiquent que la prééclampsie touche environ 3 à 5 % des grossesses dans le monde. Cette complication médicale ne se manifeste pas systématiquement de la même manière, rendant son identification parfois complexe.
Certains signes passent inaperçus ou sont confondus avec des maux courants de la grossesse. Pourtant, une détection précoce reste essentielle pour limiter les risques pour la santé de la mère et de l’enfant.
Prééclampsie : comprendre une complication de la grossesse
La prééclampsie figure parmi les complications les plus redoutées pendant la grossesse. L’Inserm estime qu’elle concerne entre 3 et 5 % des femmes enceintes. Ce syndrome résulte d’un dysfonctionnement du placenta, organe pourtant vital pour le développement du fœtus. Après la 20e semaine, le placenta peut cesser de remplir pleinement son rôle, exposant la mère et l’enfant à de véritables dangers.
La mécanique est précise et implacable : le placenta se met à produire trop de facteurs vasoconstricteurs et anti-angiogéniques, au détriment de ceux qui assurent la croissance et la dilatation des vaisseaux. Cette dérive perturbe la circulation sanguine vers le bébé, brouille le dialogue entre l’immunité de la mère et le fœtus. À la clé, une tension artérielle qui grimpe et, parfois, l’atteinte de plusieurs organes.
Quelques chiffres donnent la mesure : la prééclampsie survient dans 70 à 75 % des cas lors d’une première grossesse. Dans l’Hexagone, elle provoque un tiers des naissances de grands prématurés. Les suites ne s’arrêtent pas à l’accouchement, car la santé cardiovasculaire maternelle peut rester vulnérable longtemps après.
Les recherches avancent : des biomarqueurs comme le rapport sFlt-1/PlGF pourraient bientôt permettre de repérer la maladie plus tôt. Les gènes STOX1 et FLT1 sont également liés à une prédisposition accrue. Face à une pathologie aussi hétérogène, la prudence s’impose d’emblée, dès les premiers signaux inhabituels.
Quels sont les symptômes à surveiller chez la future maman ?
La prééclampsie avance souvent sans bruit, puis surgit par des signes qui varient d’une femme à l’autre. L’élévation de la tension artérielle (au-delà de 140/90 mmHg mesurée à deux reprises, à quelques heures d’intervalle) doit systématiquement éveiller l’attention lors des consultations prénatales.
Un symptôme-clé se distingue : la protéinurie. Dès que des protéines dépassent 300 mg/24 h dans les urines, il s’agit d’un indice à ne pas négliger. Une simple bandelette urinaire peut servir de premier repère, à confirmer par des analyses plus précises.
D’autres manifestations, parfois plus subtiles, peuvent s’installer ou s’intensifier. Voici les signes qui reviennent le plus fréquemment :
- Œdèmes soudains, localisés au visage, aux mains ou aux pieds
- Céphalées persistantes, insensibles aux antidouleurs courants
- Troubles visuels : vision brouillée, flashes lumineux, taches
- Douleurs épigastriques ou dans le flanc droit
- Acouphènes, bourdonnements d’oreille
- Prise de poids rapide sur quelques jours
Lorsque la prééclampsie s’aggrave, des complications soudaines peuvent surgir : syndrome HELLP (hémolyse, atteinte hépatique, chute des plaquettes sanguines), convulsions d’éclampsie, baisse brutale du volume des urines ou troubles de la conscience. Côté bébé, le principal danger reste le retard de croissance intra-utérin ou la naissance prématurée.
Les professionnels de santé invitent à ne jamais sous-estimer l’association de plusieurs de ces symptômes, même entre deux contrôles médicaux.
Facteurs de risque et causes : qui est concerné et pourquoi ?
Aucune femme enceinte n’est totalement épargnée, mais certains profils sont davantage exposés à la prééclampsie. En France, elle touche près de 5 % des grossesses, avec une prédominance chez les primipares : 70 à 75 % des cas pour la première grossesse. Un antécédent personnel multiplie le risque par sept : le suivi médical doit alors être renforcé.
Certains facteurs de risque sont bien identifiés et doivent attirer l’attention :
- Hypertension chronique
- Diabète
- Maladie rénale
- Obésité avec un IMC supérieur à 30
- Grossesse multiple ou maladies auto-immunes
L’âge maternel très jeune ou supérieur à 40 ans, ainsi que le fait de n’avoir jamais accouché, augmentent aussi la probabilité d’apparition. Un changement de partenaire, ou une exposition immunologique insuffisante à certains antigènes paternels, peuvent également perturber la tolérance immunitaire et accroître la vulnérabilité.
Au cœur du problème : un placenta qui ne s’implante pas correctement, produit des facteurs déséquilibrés et dérègle la circulation sanguine entre la mère et l’enfant. À cela s’ajoutent des anomalies génétiques (comme STOX1, FLT1) et des perturbations de l’immunité maternelle.
Les progrès du dépistage s’appuient désormais sur des biomarqueurs comme le ratio sFlt-1/PlGF, sans pour autant remplacer la vigilance clinique, faute de méthode préventive universelle.
Que faire en cas de symptômes évocateurs de prééclampsie ?
Au moindre signe suspect, céphalée inhabituelle, vision altérée, gonflement soudain, douleur abdominale ou tension qui flambe, il faut consulter rapidement un professionnel de santé. La première étape consiste à vérifier la pression artérielle et à rechercher la protéinurie. Une analyse d’urine, un bilan sanguin (fonction des reins, du foie, numération plaquettaire) permettent d’évaluer la gravité de l’atteinte.
Bien souvent, une hospitalisation s’avère nécessaire. Elle permet de surveiller de près la maman et le bébé, d’ajuster les médicaments antihypertenseurs, et, si besoin, d’administrer des corticoïdes pour préparer les poumons du fœtus à une éventuelle naissance anticipée. Dans les formes sévères, le sulfate de magnésium sert à prévenir les crises d’éclampsie.
L’issue curative, c’est l’accouchement : la décision se prend selon l’avancée de la grossesse, la gravité des symptômes et l’état de santé de la mère et de l’enfant. Chez les femmes identifiées à risque, l’aspirine à faible dose, introduite dès le premier trimestre, peut réduire la fréquence de survenue. Les travaux sur la tétrahydrobioptérine (BH4) et d’autres molécules sont prometteurs, mais n’ont pas encore bouleversé la prise en charge de référence.
Voici les mesures à retenir en cas de suspicion de prééclampsie :
- Consulter sans délai dès l’apparition d’un symptôme évocateur
- Organiser une surveillance hospitalière pour la mère et le fœtus
- Mettre en place un traitement antihypertenseur et prévenir les complications aiguës
- Envisager un accouchement programmé si la situation l’impose
La prééclampsie ne laisse que peu de place à l’improvisation. Face à elle, chaque signal compte : repérer, agir, protéger, trois réflexes qui peuvent tout changer pour la mère et son enfant.


